Au début de l’ère chrétienne, des Amérindiens originaires de la forêt tropicale du bassin de l’Orenoque ( Guyane actuelle) colonisèrent progressivement l’archipel antillais. Ils furent chassés de la Martinique par une irruption de la Montagne Pelée. Les Arawak venant de l’actuel Vénézuéla s’installèrent alors, en particulier sur la côte Atlantique, protégée par des récifs. Ils pratiquaient la pêche à l’arc, comme en Amazonie. Au IXeme les Arawak disparurent sous les coups des farouches guerriers Caraïbes qui eux-mêmes seront victimes de l’esclavage européen.

Christophe Colomb attendit 1502 pour découvrir La Martinique dont le nom est certainement d’origine caraïbe : « Madinina », l’île aux fleurs.
En 1635, les français Liénard de l’Olive et Duplessis d’Ossonville débarquent mais sont vite découragés par les serpents trigonocéphales, alliés redoutables des indiens Caraïbes.
Quelques mois plus tard le flibustier Belaïd d’Esnanbuc, plus téméraire, débarque et crée Fort Saint-Pierre au nord de l’île (le flibustier étant un aventurier français, anglais, hollandais, fuyant les guerres de religion ou autres guerres au XVIIeme).

statue de d’Esnambuc dans le parc « La Savanne  » à Fort de France

Après plusieurs tentatives de conquêtes des anglais et des hollandais, la Martinique fut rattachée au domaine Royal de France en 1676.
De nouveau, les anglais triomphent en 1762. Il fallut lors du Traité de Paris en 1763, sacrifier le Canada pour récupérer l’île aux fleurs. En cette même année naissait Joséphine Tascher de la Pagerie, future impératrice.
Malgré cela les conflits se poursuivent jusqu’en 1814, date d’un second traité de Paris, où l’île devient définitivement française.
Dès le 17ème s’intensifie la culture de la canne à sucre, du café et du cacao avec pour conséquence l’importation d’une main d’œuvre africaine mise en esclavage.

La canne à sucre, c’est aussi le rhum ! L’alambic de la distillerie de Rhum Neysson, dernière entreprise familiale de Martinique, qui fabrique d’excellents rhums.

En 1946, la Martinique devient département français ainsi que la Guadeloupe, la Guyane, et La Réunion.
Il est certain que les infrastructures n’ont rien à voir avec les îles voisines !

La population est à 90% noire avec une colonie d’indiens, de plus en plus de chinois, et des européens qui s’installent à nouveau.

Nous posons le pied en Martinique par le Port du Marin où nous mettons l’ancre.

Le Marin est le Port au sud de l’île, où arrivent tous les bateaux qui font la transat. Immense baie pouvant accueillir des centaines de bateaux, qui s’est spécialisée dans les réparations et les boutiques d’accastillage parfois mieux achalandées qu’en métropole. Nous faisons pour la première fois les déclarations d’entrée sur ordinateur …
Quelques rendez-vous techniques sont pris pour Babel.
Retrouvailles le soir avec nos amis Denise et Michel Poisson que nous avions quittés au Brésil mais suivis par mail et téléphone. Ils racontent : pendant leur Tour du monde, alors qu’ils étaient en Namibie, ils s’ absentent 2 jours pour aller visiter le désert. Un gros orage éclate, l’ancre dérape et leur bateau heureusement en aluminium est allé heurté les rochers qui ont déformé la coque. Le bateau a pu poursuivre sa route sur le Brésil et jusqu’en Martinique où ils ont décidé d’entreprendre les réparations au chantier du Marin. C’est toujours un grand plaisir de les entendre raconter leur voyage, avec humour et grande culture.
Vendredi 3 mars, au marché couvert du Marin, nous trouvons fruits et légumes de l’île avec plaisir.
Rencontrons aussi une artiste qui fait des bijoux à partir de graines uniquement, elle nous en parle avec passion.

Nous rejoignons les ANSES D’ARLET par bon vent du nord arrière, quel confort !
Croisons l’énorme bloc volcanique qui porte le nom de Diamant. Les anglais ont eu le courage d’y monter leurs canons pour pilonner la flotte française, mais les français rusés l’ont repris en envoyant flotter des tonneaux de rhum vers le rocher…les anglais en ont fait bon usage…

Le rocher du Diamant derrière la voile de Babel

Milmo, le bateau de Brigitte et Claude

Un grand, beau, vieux gréement met les voiles au moment où nous arrivons, spectacle magnifique

 

L’anse d’Arlet

Ces baies sont très belles, et du coup un peu envahies… mais l’ambiance est familiale et bon-enfant en cette fin de semaine. La plage est ombragée par des amandiers tropicaux aux feuilles rouges ou vertes et quelques cocotiers. Nous goûtons le punch local.

Le grain est violent, mais ne dure que 10mn..

Anse d’Arlet

Ce dimanche 5 mars, nous décidons d’aller à la messe au petit bourg d’Arlet. L’église bien restaurée (merci l’Europe !) était bondée, les femmes nous ont surprises par leur élégance, leur beauté, leur voix forte et timbrée. Le prêtre a commenté les textes avec humour, pédagogie, plein d’humanité et d’enseignement. Nous avons été intéressés par son commentaire original des textes de la Tentation au Paradis et celle du Christ au désert. Beaucoup de ferveur et de chaleur dans l’assemblée. La chorale portait la couleur violette du carême.


Le soir même nous étions à la cathédrale de Fort de France, l’évêque célébrait l’entrée en carême des futurs baptisés de Pâques. Orgue et chants magnifiques là encore.

La baie de Fort de France

FORT DE FRANCE sera la prochaine étape.
La ville s’est construite le long d’une grande baie profonde. Un fort à la Vauban marque l’extrémité de la ville. Front de mer coloré dominé par le clocher de la cathédrale et deux gros immeubles d’affaires. Nous mouillons par 1,50m de profondeur devant le parc de « La Savane « , cœur de la ville.

Mouillage de Babel devant Fort de France

Deux monuments originaux donnent de la classe à cette petite ville bien vivante : la Bibliothèque Scholcher et la cathédrale.

Le pavillon de la Martinique à l’exposition Universelle de 1889, a été démonté poutre par poutre puis reconstruit à Port de France pour abriter aujourd’hui la très grande collection de livres de Mr Scholcher. Très bel exemple d’architecture métallique cachée sous des décors éclectiques, égyptiens, grecs, mésopotamiens …
La cathédrale a été construite en 1895 par l’architecte Picq sur les ruines de l’ancienne cathédrale détruite par le tremblement de terre, l’incendie et encore le cyclone… La structure métallique légère à été envoyée de France et aujourd’hui rénovée aux normes anti-sismiques. L’acoustique est excellente.
Non loin, la préfecture dans le plus pur style officiel palladien blanc… et le théâtre Aimé Césaire, grand bâtiment des années 70.
Les rues sont vivantes, les maisons basses et colorées.

Bibliothèque Scholcher

La cathédrale

 

Lundi 6 mars,

Maman a 95 ans ce jour…
Partons en voiture au nord de la ville et à l’intérieur de l’île. Passons au Carbet qui possède la plus vieille église de la Martinique encore debout. Construite en 1776, son plafond en bois est en forme de carence de bateau – les charpentiers de l’époque ne travaillaient-ils pas essentiellement pour la marine?

église  du Carbet

Puis arrêt à St Pierre, ancienne capitale, entièrement détruite lors de l’irruption de la Montagne Pelée en 1902.  30 000 personnes ont péri dans la catastrophe. Le village d’aujourd’hui en porte les stigmates et l’ambiance y est triste au bord de ces plages de sable noir. De toute la journée, la Montagne Pelée n’a pas quitté son écharpe de nuages.

L’excellente route nous conduit dans le massif montagneux intérieur, très humide, nous avons la pluie par intermittence et ne nous risquons pas à prendre les sentiers s’insinuant dans la forêt…

Nous allons jusqu’à l’observatoire installé en face de la Pelée qui surveille toujours l’activité sismique de la région. Le long de la route, des cascades et l’impénétrable forêt tropicale.

La montagne Pelée dans ses nuées

Sur cette petite route du bout du monde, un monument rendant hommage aux poilus martiniquais morts pendant la première guerre mondiale.

Monuments aux poilus martiniquais

De retour sur Fort de France, un moment de beauté et d’harmonie au Jardin Ballata dessiné par l’artiste-paysagiste, Thoze. Il crée en 1982 un jardin-émotion autour de la maison familiale de son enfance.

Jardin Ballata

Palmeraie du Jardin Ballata

Bromelias, Jardin Ballata

Bromélia

Jardin Ballata

 

Ginger lili

C’est autour d’un succulent poulet mi à la basquaise mi colombo concocté par Brigitte que nous passons notre dernière soirée avec nos amis Morand. Ils vont monter sur les Antilles du nord et retraverseront l’Atlantique en mai, nous leur souhaitons bon vent. Ces quelque semaines de co-baturage ont été bien agréables.
Dès 6h15 des rires joyeux et sonores viennent du côté de la plage : en effet plein de monde dans l’eau papote et rie, le bonnet de bain blanc sur les têtes noires… ils nagent, s’étirent… puis viennent se reposer sur un banc sur la promenade devant le quai. Nous levons l’ancre, direction le sud de l’île par un bon vent et nous posons à Ste Anne, l’entrée de l’estuaire profond du Marin.

Coucher de soleil à Ste Anne, le rocher du Diamant au fond