Le site de Medellin est remarquable. A 1500m d’altitude, la ville avec ses gratte-ciel s’étend dans une étroite et longue vallée, dont les versants de part et d’autre sont envahis par les quartiers populaires, et sur le plateau à 2500m d’altitude, l’aéroport et au-delà encore des chaînes de montagnes.

 

La ville est rouge, toutes les constructions sont en briques étant donnée l’abondance de l’argile. Son climat agréable toute l’année lui a donné le surnom de « ville de l’éternel printemps ».

 

Les espagnols venus coloniser cette partie de la Colombie étaient pour la plupart des basques, durs au travail, tenaces, fidèles au catholicisme et aux valeurs de la famille. Aujourd’hui 3 millions d’habitants, tous plus ou moins métissés.
Le développement de Medellin date du début du 20ème avec l’arrivée du chemin de fer et le boom très lucratif de la culture du café. Les barons du café investirent ensuite dans l’industrie du textile, ce qui fut une grande réussite.

Par ailleurs, dans les années 1980, Medellin était la capitale du commerce de la cocaïne sous la férule sanglante de Pablo Escobar. A cette époque les affrontements avec armes à feu étaient monnaie courante et un taux d’homicides parmi les plus élevés du monde.
La violence a décliné avec la mort de Pablo Escobar assassiné en 1993. Mais son ombre plane encore, chaque jour ont lieux des meurtres et des enlèvements. Pour s’en prémunir, des grilles recouvrent encore toutes les façades des maisons et petits immeubles.

Mais il semble qu’il y ait une réelle volonté politique de tourner la page, avec la collaboration de tous.
Nous avons en effet noté une ambiance particulière, marquée par un esprit d’ouverture, d’information, de joie de vivre, de savourer la paix retrouvée après tant de violences.
A l’entrée du parc botanique, une expo de belles photos nous a touchés. Il s’agissait de montrer ceux qui se faisaient exploiter dans un travail pour survivre, les enfants, les femmes, les handicapés … et nous avions sous les yeux les nombreux vendeurs de fruits et babioles diverses…

Vendeur sous le pont du métro et à l’entrée du parc botanique

De nombreux parcs au centre ville

Le quartier de l’ancienne gare et du vieux marché couvert était devenu invivable, il a été reconstruit plus loin et cette place est devenue «place de la lumière » avec une forêt de mâts lumineux et de bouquet de bambous donnant sur une immense bibliothèque. Là aussi une série de panneaux  informatifs sur la transformation du quartier. J’y ai vu le portrait de Le Corbusier et de son élève José Luis Sert.

La place des lumières.

Tout proche devant les bâtiments contemporains de la mairie, un monument en bronze  intitulé « races » montrant la volonté de faire la Colombie tous ensemble : blancs descendants des espagnols, noirs descendant d’esclaves, amérindiens et tous les métis, chacun trimbalant son histoire… pas simple!

Le monument Racia devant l’Hôtel de Ville

Et sur la Place des Sculptures, une ambiance très vivante de vendeurs et de de passants découvrant toutes les sculptures de bronze de l’artiste colombien Botéro. Ces personnages tout en rondeur dégagent une bonhommie empreinte d’humour.

Place des sculptures de Botéro

Le vendeur de lunettes s’installe près de Botéro

 

La rue piétonne qui s’en suit est bordée d’immeubles 1925 qui n’ont pas la finesse de ceux de Barcelone… on les devine à peine tant il y a de petits commerces.

La grande pauvreté reste criante au centre ville, beaucoup dorment dans la rue…
Plus discrètement, nous saluons un monsieur retraité bien mis de sa personne, assis dans un fauteuil en plastique sur une place, et au cours de la conversation il nous glisse qu’il n’a pas de retraite et qu’il serait content qu’on lui offre de quoi prendre un café …

 

Le métro-câble

Prendre le métro-câble, c’est à dire l’un des deux téléphériques qui desservent certains quartiers populaires est une expérience. Il est en effet impressionnant de surplomber cette imbrication de petites maisons les unes sur les autres en briques couvertes de tôle, les étendages de linge, les petits ateliers, les mini places où jouent les enfants…un peu de couleur sur les murs, quelques fleurs…

Le quartier nord

Sur 800m de dénivelé ces quartiers grimpent le long des versants. Grâce au métro-câble, ils sont maintenant reliés au centre ville, mais beaucoup d’autres n’ont encore rien.
A mi-hauteur, en plein quartier populaire, nous avons aperçu la nouvelle bibliothèque municipale et l’auditorium, 2 tours, qui sont un symbole fort du renouveau de la ville. Elles sont malheureusement voilées d’un filet de protection, pour des raisons de malfaçons.

On devine au fond dans les arbres, les deux tours de la bibliothèque et de l’auditorium sous leur voile noir

Au sujet des quartiers populaires, nous avions souhaité retrouver notre ami Fédérico Carrasquilla, rencontré à Lyon il y a 30ans, il nous avait sensibilisés à son expérience de prêtre vivant dans un quartier avec les plus pauvres. J’ai cherché en vain un téléphone, je suis allée consulter son site et les nombreux témoignages écrits sur lui. J’ai compris pourquoi il était injoignable … pas une minute pour lui, il habite dans une toute petite maison avec deux tabourets de plastiques, et fait chauffer le café, le téléphone sonne sans arrêt et toute la journée, des gens viennent lui demander conseil et de l’argent pour acheter ce qui manque. Quand il en a, il donne..

Son engagement de prêtre des pauvres est relié au mouvement de la théologie de la Libération créée par Don Elder Camara au Brésil et le père Guttierez au Pérou dans les années 1970/80. (La théologie de la libération a été condamnée par Jean-Paul II craignant la main-mise du communisme, il a alors nommé des nonces très conservateurs dans toute l’Amérique Latine.)

Après avoir été malmené pendant la période du cartel de la drogue et de la guérilla dans son quartier, j’ai pu voir qu’il avait créé des écoles et des collèges. Je pense qu’il est vraiment devenu un personnage très connu et charismatique.

Les quartiers sur les pentes la nuit

Nous décidons de quitter la grande ville pour rejoindre les campagnes productrices de café et la petite ville de Salento.

 

 

 

 

 

 

 

 

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