Mompox a développé une activité de commerce en étant le port sur le fleuve Magdalena où s’arrêtaient les bateaux partis de Carthagène. Les colons venaient tous de l’Andalousie et leur architecture est une réplique de celle du sud de l’Espagne.  Au-delà des larges et hautes salles face aux quais,  pour stocker la marchandise, abriter les chevaux, un patio très vert autour duquel la maison s’organise : les chambres, la cuisine, le puits …

 

Une maison et son patio encore authentiques. Cette dame y vit seule, elle était heureuse de nous montrer l’organisation de la maison traditionnelle et son carrelage de terre cuite, elle avait aussi une collection de beaux petits oiseaux qui chantaient dans leur cage…

 

Comme en Andalousie, les fenêtres sont décorées de belles grilles forgées, les couleurs des murs alternent avec les encadrements chaulés ou l’inverse.

 

Très vite avec les colons sont arrivés les ordres religieux de l’époque : franciscains, dominicains, jésuites et augustins, qui ont chacun construit église et couvent. Je m’imagine tous ces religieux avec leurs costumes, leurs rituels, leurs croyances …

Santa Barbara, la plus célèbre des églises de la ville

L’église des franciscains

Les dominicains

L’autel baroque de Sta Barbara

A l’intérieur, les plafonds sont toujours en bois noirs tropicaux, mais seule Ste Barbara a conservé son autel baroque et ses sculptures. Les autres auraient été mangés par les cirons et abîmés par l’humidité, ce qui m’explique mieux l’absence de baroque  également à Sta Marta. Les processions de la semaine sainte semblent encore très vivantes. Un monumental socle en bois fabriqué à Paris est porté par 60 hommes qui pendant 8 heures se balancent de droite à gauche en avançant à peine… pour expier…

Dans l’église Sancto Christi,  un Christ crucifié quasi noir, aurait fait des miracles. Certains en ont eu des visions. Le prêtre qui célébrait dimanche a annoncé qu’il bénirait des médicaments, de l’eau ou autres objets liés à la santé, dans cette église le jeudi suivant.

La réalité magique de Gabriel Garcia Marquez dans son fameux roman « 100 ans de solitude » existe bel et bien en Colombie. Il paraît que Mompox lui aurait servi d’exemple pour Macondo, le village où il situe son histoire.

A Mompox, pas vraiment de place centrale comme à l’habitude, il semblerait que le fleuve devait être le lieu central des rencontres privilégiées.

Puis le développement de la ville s’est ralenti au 19ème quand les transports ont évolué, et cette ville s’est peu à peu assoupie, jusqu’à ce que le tourisme mette en valeur cette magnifique architecture classée par l’UNESCO comme patrimoine de l’humanité au même titre que Carthagène. Des hôtels et des restaurants se sont créés et un festival de jazz annuel redonnent vie à la vieille cité qui aujourd’hui compte 40 000 habitants.

Le rio Magdanella qui longe la ville

La révolution touristique a été menée parfois de main de maître, certaines maisons sont magnifiquement restaurées.

Salon d’un hôtel récemment ouvert. Déco magnifique…

Une des activités de la ville est la joaillerie spécialisée dans la filigrane. Ce sont naturellement les andalous qui ont importé cette technique qu’eux-mêmes avaient dû apprendre des populations arabes du sud de l’Espagne.

Nous sommes rentrés par hasard dans une boutique-atelier où le maître nous présente une jeune franco-colombienne qui apprenait le métier. Léna nous explique toutes les étapes pour parvenir à créer un bijou : fondre les billes d’argent mêlées de cuivre, ce qui lui donne de la rigidité, pour en faire des baguettes que l’on va effiler de plus en plus jusqu’à ce que le fil d’argent ait l’épaisseur d’un cheveu! Puis travailler le motif choisi, dessiné… l’atelier est noirci par le feu de la fonte et il y fait très chaud malgré la présence des ventilateurs. Nous achetons quelques boucles d’oreille et nous promettons de nous revoir.

Léna l’apprenti-bijoutière

Les motifs que travaille Léna et l’atelier

 

Nous rencontrons une autre responsable d’atelier, d’origine palestinienne, mariée à un architecte portugais avec qui elle a vécu au Brésil. Elle nous montre les magnifiques dessins de bijoux qu’il a créé…

Nous retrouvons Léna pour dîner. Nous l’écoutons avec  intérêt nous parler de sa famille colombienne et nous avons abordé ensemble la création de ces mouvements qui dans les années 70 souhaitaient la réforme agraire et la redistribution des terres aux paysans et qui sont devenus ensuite « guérilleros ». Léna fabrique des bijoux depuis longtemps pour voyager, mais elle a choisi d’apprendre une vraie technique, avec un maître. Par contre, aucun jeune colombien de Mompox ne lui ressemble, à 20 ans ils sont tous parents et poursuivent la tradition familiale. Avec la monnaie colombienne il est impossible pour eux de voyager.

Le dernier soir nous sommes allés dîner à l’auberge de l’autrichien. Ancien voyageur, ce chef talentueux a posé ses valises à Mompox où il a restauré avec goût une vieille maison, dessiné des meubles, sculpté des arbres, fabriqué beaucoup d’objets en bambous. Cuisine excellente au feu de bois…

On ne se lasse pas de se promener le long du Rio, d’autant que le quai est réservé aux piétons, vélos et quelques motos…

Après les grosses pluies, il faut nettoyer sa moto

Le restaurant au bord du Rio

Les oiseaux chantent dans tous les arbres et les écureuils sautillent

Quel est ton nom oiseau du bord du fleuve?