L’archipel des San Blas s’étend sur 300km devant la côte Panaméenne entre la frontière de la Colombie et le port El Porvenir au centre de la carte.

Plus de 300 îles de toutes tailles, plantées de cocotiers, et pour la plupart habitées par les indiens Guna.

L’archipel aurait été découvert en 1501 par le conquistador espagnol Rodrigo de Bastidas. 12 ans après, Vasco Nunez de Balboa traverse l’isthme (80km) reliant les deux Amériques avec moult difficultés  et découvre l’Océan Pacifique. La région était habitée par les Gunas qui ont réussi au fil des siècles à résister à l’envahisseur et à conserver leur mode de vie. Jusqu’à quand?
Avant d’obtenir leur autonomie, les Gunas connurent une longue période d’humiliation, qui les conduisit à une révolte qui éclate en 1925, que l’on nommera la Révolution Guna. Les îles les unes après les autres réclament leur indépendance. Panama décide alors d’envoyer son armée, mais les troupes seront interceptées par les Américains dont le navire Cleveland avait été dépêché sur place. Les États Unis vont exiger des deux belligérants un règlement négocié. Les Gunas renoncent à leur déclaration d’indépendance et la République de Panama s’engage à reconnaître une large autonomie aux autochtones.

Les Gunas ont leur propre langue qui n’est qu’orale. Ayant conservé leur style de vie, les hommes sont pêcheurs et travaillent le palmier pour construire leur maison et autres objets, récoltent les noix de coco qu’ils vendent aux marchands colombiens sillonnant l’archipel. La noix de coco a été pendant longtemps leur monnaie d’échange.

Habitation Guna sous les cocotiers

Les femmes cousent de magnifiques «  mola », pièces de tissus qu’elles cousent sur leur blouse devant et derrière. La mola est constituée de plusieurs étoffes qui sont découpées et cousues selon la méthode dite «  l’appliqué inversé », la première étoffe est découpée laissant apparaître un motif géométrique, animal ou floral, qui prend la couleur du tissu qui est en dessous, le tout cousu finement et brodé.
Elles passent des heures à coudre. Elles portent aussi de nombreux bracelets de perles de couleurs aux jambes et aux bras.

Une femme m’a posé son mètre de perles enfilées sur le bras avec un nœud particulier à chaque tour.

Les femmes portent leur mola cousue sur leur blouse.

Sur les jambes un décor de perles jaunes et blanches, les winis, censés éloigner les mauvais esprits

Il semble qu’autrefois les indiennes Gunas vivaient nues et avaient sans doute l’habitude de porter sur leur peau des peintures corporelles. Lorsque les Conquistadors et les prêtres catholiques les obligèrent à se vêtir par souci de bienséance peu soucieuse de la culture indigène, les femmes inventèrent des dessins avec des perles sur les jambes et des molas pour égayer le vêtement imposé par le colon.

Pour vendre aux touristes voileux leur production artisanale, la famille s’approche des bateaux en pirogue « cayucos » et présentent ce qu’ils ont à vendre, les femmes sortent leurs belles mollas, les hommes leur pêche du matin. La navigation est facile car tout l’archipel est protégé du vent et  de la houle de l’océan par la fameuse barrière de corail.

 

C’est une société matriarcale où la femme choisit son mari qui vient habiter dans sa famille, elle peut le répudier en posant ses affaires devant la porte de la maison. La naissance d’une fille est l’objet de grandes festivités.

La famille construit deux maisons, l’une constituée d’une grande pièce où l’on pend les hamacs la nuit, les provisions sont dans des jarres. Le hamac est un objet sacré dans la culture Guna, on y naît, on y dort, on s’y marie, et on y meurt. L’autre maison plus petite est utilisée pour la cuisine et les repas.
Chaque communauté , chaque île a son chef de village qui rassemble tous les soirs les habitants de son village pour garder un œil sur les problèmes de chacun et prendre les décisions à venir.

Dimanche soir nous sommes rentrés dans le chenal de l’archipel des San Blas, la nuit est noire et notre système de carte est paraît-il très approximatif, nous renonçons à aller plus loin et repartons en pleine mer pour attendre les lueurs du jour… Nous remontons une mer difficile et décidons de nous reposer un peu en nous laissant dériver, surveillant chaque heure notre position. Nous sommes remués dans tous les sens mais parvenons à dormir un peu. Jacques repartira au moteur une heure encore pour de nouveau se laisser dériver (impossible de se mettre à la cape car le génois étant mal remonté dans le vent de Sta Marta, ne peut être utilisé).

Et miracle au matin, nous trouvons facilement les premières îles et leur barrière de corail qui est dangereuse pour le navigateur de nuit,  mais qui protège les îles de la houle du large.
Lundi 19-02 nous mouillons donc dans les Cayos Hollandes, bien abrités du vent, le bateau ne bouge pas, c’est un bonheur!! Après l’affreux roulis et le ramdam de cette nuit.
Le spectacle est assez paradisiaque. Bois de cocotiers sur les îles, plages de sable clair, eau turquoise, et plus loin la barrière de corail qui fait gicler les vagues à 5/6m de hauteur dans un bruit de fond continu.

Nous avons rapidement de la visite, la première pour régler la taxe de rentrée en pays Puna, 10$ (le dollar a remplacé peu à peu la monnaie locale du Panama, le balboa, compte tenue de la longue gestion américaine du canal).

Des familles viennent ensuite nous vendre des mollas… et nous achetons à des pêcheurs un beau poisson bien dodu qui fera notre régal le soir même. Une barque masculine nous demande aussi de l’huile pour leur moteur et du coup l’entonnoir qu’il faudra soigneusement nettoyer ensuite et deux portables à recharger, car ils n’ont pas d’électricité….

La pêche du matin…

La population est devenue commerçante, mais a gardé sa gentillesse, nous ressentons aucune agressivité devant  l’étranger ou l’invasion des touristes.

La nuit fut excellente et le repos bienfaisant.
Mardi matin, Jacques doit changer la bouteille de gaz et surtout tenter de réparer la pompe qui amène à l’évier l’eau de mer. Plus tard il prend palmes et masque pour frotter la coque dont la ligne de flottaison est verte d’algues. Mais il se trouve nez à nez sous la coque avec un petit requin d’1,50m. Il l’a longtemps observé et m’a dissuadée d’aller nager dans les parages…

Ce matin mercredi 21 février 10h , nous levons l’ancre pour aller plus loin dans l’ archipel. Nous nous poserons tout près de l’île de Chichime à 14h. Le chant de nombreux oiseaux dans les arbres nous accueille gaiement.
En chemin nous passons non loin de plusieurs îles habitées. Quelques maisons sont bâties sur un rocher à fleur d’eau, pas même un cocotier, c’est sans doute l’annexe de l’ile toute proche peut-être surpeuplée, d’autres ressemblent à l’île que tous les enfants dessinent, ronde et en son sommet deux petites maisons et 3 palmiers sur un sable blond.

Certaines se sont organisées pour accueillir des touristes, en organisant camping, et auberges bâtie en dur.
Une grande barque nous accoste, c’est l’épicerie qui vend de la bière, du sucre, des potages Maggy, …des bananes, nous lui en achetons 5 bien vertes qui auront le temps de mûrir.

Jeudi 22, tôt le matin, nous remontons notre génois, puis décidons de quitter les San Blas pour longer la côte du Panama et rejoindre le mouillage de Linton Bay connu des voiliers qui traversent le canal. La mer est assez agitée et change de couleur, nous avançons bien avec un vent de travers. En route nous croisons avec émotion le catamaran de nos amis Emmanuel et Isabelle, nous nous parlons à la VHF et nous faisons des grands signes, nous nous souhaitons bon vent et à une prochaine fois peut-être.

Nous croisons le catamaran de notre ami Emmanuel

Nous quittons trop vite toutes ces petites îles encore protégées, où le temps ne compte pas, que nous aurions voulu observer de plus près. Jusqu’à quand ces populations Guna pourront garder leur mode de vie? La montée des eaux à plus ou moins longue échéance fera disparaître ces petits îlots… les Gunas de la mer devront alors retourner sur le continent habité par les Gunas paysans …

Pour ceux qui voudraient connaître davantage ces populations, je vous conseille d’aller voir le blog écrit par une famille bretonne croisée il y a peu. Ils ont passé 3 mois dans les San Blas avec un œil très respectueux et l’envie de la rencontre authentique.

Balanecatao.wordpress.com