8 janvier 2019

 

Départ de la calata Yvonne, à 8h.

La pluie gicle sur l’eau encore laiteuse, de la neige fraîche recouvre le sommet des montagnes noires. Les 3 voiliers suivent la même route sur le canal Messier, jusqu’à Puerto Éden.

Nous sommes gâtés, la visibilité est excellente pour le passage délicat de l’Angostura, rétrécissement du canal entre les îlots bien signalés par des balises.

Anaïs prépare une poêlée de légumes avec du riz délicieux et fabrique du pain. 

Nous arrivons vers 13h dans la grande baie de Puerto Éden.

Photo drone AM

Montrer nos passeports à la capitainerie de l’armada chilienne, pour signaler notre passage, c’est la première obligation. Puis nous nous retrouvons tous les 3 fixés à un ponton du village.

Quel changement par rapport aux indiens que nous avions vus il y a 40 ans!

 

Nos 3 bateaux côte à côte au ponton des carabiniers de Puerto Éden

Les maisons ne sont plus  des cabanes, ce sont des maisons de planches plus ou moins isolées pour la pluie par de la tôle peinte ou une toile enduite.  Il y a une école et 2 épiceries, l’an dernier a été construit un chemin en bois flanqué de belles barrières qui fait le tour des deux villages, car il y a eu tellement d’eau l’hiver précédent que les gens tombaient en s’enfonçant dans la boue et il y a eu de nombreux accidents. À l’épicerie du haut chez Lolo, nous achetons de la centollia,  araignée de mer cuisinée de la veille et congelée, un Pan de Pasqua (panétone), et quelques bières, dans la seconde épicerie tenue par une mamie, nous trouvons du pain.

Chez Lolo

Le village a compté jusqu’à 600 âmes, mais il y a 10 ans la  -marée rouge- (maladie des mollusques due aux élevages de saumons dans les canaux, qui empoisonnait, voire tuait ceux qui en mangeaient) a fait partir beaucoup de familles sur Puerto Natales ou Punta Arenas. Aujourd’hui, 83 personnes, descendants d’indiens et fonctionnaires chiliens, les carabiniers, les militaires, et deux enseignantes. Les hommes sont pêcheurs de centollias essentiellement, les caisses partent sur Punta Arenas puis au Japon. Ils vont couper du bois pour se chauffer, partent en barque, le débitent, le jettent sur leur petit ponton et portent sur les épaules les grandes bûches jusque chez eux, car aucune brouette ne peut fonctionner dans cette boue du bord de l’eau. 

Une école a été construite il y a une douzaine d’années, avant le grand exil. Aujourd’hui, 13 enfants sont au collège et 5 en maternelle. J’ai vu  les mêmes petits porte-manteau avec les photos et les prénoms des enfants, qu’en France. Une grande pièce avec des jeux sert de cour de récréation.

L’école du village

Le grand toit rouge est celui de l’école
Photo drone AM

La bibliothèque est bien fournie en littérature chilienne mais aussi Molière, Maupassant, Voltaire, sur la Patagonie, l’histoire de l’art, des livres d’enfants, de la botanique très scientifique… Elle a été montée par une jeune femme sympathique ayant fait ses études à Puerto Natales qui a décidé de revenir au village pour aider au développement culturel de ces familles.  

Nous avons pu utiliser WhatsApp mais internet ne marchait pas bien.

 

Un groupe électrogène fournit l’électricité, à côté un dépôt de matériel de construction, essentiellement du bois, est éclairé par des éoliennes et des panneaux solaires.

Rien à voir avec les indiens que nous avions vus il y a 40 ans venant en pirogue jusqu’au petit paquebot où nous étions, vendre des bricoles. Ils nous semblaient très pauvres et alcoolisés, ayant perdu quelque peu leur dignité.

Le soleil toute la journée nous fait oublier la pluie et le froid de la Patagonie. Toutes les couleurs se ravivent, les peintures des maisons et des barques, les fleurs au bord des maisons les roses, les lupins et les fuchsias de Magelan et les seuls petits fruits, framboisiers et mûres ont du mûrir un peu plus. 

Nos 3 bateaux sont au ponton de la gendarmerie, qui nous fournit le gaz-oil pour refaire le plein. 

Le plein de gaz oil, du grand bidon dans les petits qu’il faut ensuite descendre sur une échelle pour atteindre les bateaux

Mais quel travail pour monter et descendre les bidons de 25 litres sur une grosse échelle reliant les bateaux en haut du ponton ! Le plein d’eau est plus simple. Balades sur le chemin de bois, lessive, cuisine, bibliothèque et soirée très sympathique chez les uns ou les autres. Nous nous régalons des spécialités de chacun qu’arrose le bon vin chilien. Les spaghetti de René à la mode Ligure avec anchois et thon légèrement pimentés ont été remarqués. 

Jacques échange avec René

Un pêcheur avec qui nous parlons de la pêche aux Centollias, mais aussi du dépeuplement du village

Les paniers pour la pêche aux centollias

Oratoire à Saint Pierre, le patron des pêcheurs

Dans le carré de Steve, excellent et chaleureux repas.

Impossible d’élever une biquette sur ces terrains si humides et spongieux!