La Patagonie Centrale commence au sud du golfe de Peñas. La mosaïque d’îlots de la région des Chonos laisse place à un relief plus grand, plus puissant, plus sombre. On imagine à l’ère tertiaire l’immense démembrement par explosion, écartèlement, dislocation, aboutissant à la création d’innombrables crevasses formant aujourd’hui le labyrinthe des canaux. Rien n’a changé depuis environ 12000 ans, après le retrait de l’immense glacier patagonique qui s’étendait de Chiloé au Cap Horn.*

Photo AM gopro

* Le recul des glaces a pour très longtemps sculpté le faciès de la Patagonie : visage aux pommettes de granit noir, arrondies, râpées, pelées, aux proéminences saillantes, élancées. Visage buriné et tailladé par les fjords, exposés aux fureurs des vents d’ouest, délavés par l’abondance des précipitations, visage qui tolère une barbe de végétation jusqu’à 500m d’altitude. Le granit noir est omniprésent et les faces très abruptes tombent sous la surface de l’eau jusqu’à 800m dans le canal Messier. La forêt, d’une densité extrême, court sur plusieurs centaines de mètres de dénivellation, se raréfie, puis cède la place aux mousses et aux lichens, qui plus haut passent le témoin au granit brut et à la neige. La forêt patagonique est constituée de diverses espèces de hêtres qui se sont adaptés à ces régions australes.

Contrairement à la région des Chonos où les arbres des caletas poussaient droits et hauts, ici ils ont un aspect tourmenté, tordu, rabougri. Tranchant avec la raideur des hêtres, les canelos aux troncs plus souples se couchent sous les assauts du vent. Leur feuillage rappelle le laurier. Sans parler des innombrables arbustes, broussailles, lianes et mousses qui rendent la forêt impénétrable. Mélange d’arbres morts en décomposition et de jeunes qui se développent sur un matelas de branches et de troncs vermoulus, de feuillages visqueux…

C’est dans ce « royaume » battu et délavé que vécurent durant plusieurs millénaires ceux que les blancs ont appelés Alacaluf. Repoussés par des ethnies plus fortes, ils se sont repliés et adaptés à ces archipels de misère. Disséminés dans les archipels autour du golfe de Peñas jusqu’au Sud du Magellan, ils vivaient à quelques familles et menaient une existence de nomade. Ils vivaient nus, le corps enduit de graisse d’otarie et portant des capes de fourrure. Ils s’abritaient dans des huttes – ou tchelo – faites d’arceaux recouverts de peaux. En choquant des quartz, ils obtenaient du feu qui brûlait constamment dans la hutte et le canot. Ce n’est que peu à peu que ces indiens se sont procurés du métal par des échanges avec des navires de passage, par récupération lors de naufrage comme celui de Sarmiento de Gamboa, le premier espagnol à tenter la colonisation du détroit de Magellan entre 1584 et 1587.

Mais le passage des navires occidentaux leur ont transmis des maladies, l’alcool, sans parler de l’obligation de cacher leur nudité par des vêtements qui ne séchaient pas !  Puis sont venus les chilotes qui menaient des campagnes de chasse, kidnappaient les femmes et les enfants.

Si bien qu’il n’en restait plus qu’une soixantaine quand l’ethnologue français, José Emperaire, séjourne en Patagonie entre 1946 et 1948. Dans son livre «  les nomades de la mer », il identifie  après enquête sur 4 générations, les causes de l’extinction de la race : les départs, les morts violentes, et la syphilis.

L’état chilien décide de sédentariser à Puerto Éden les derniers indiens, ravitaillés en nourriture par un bateau régulier. Ils ont alors perdu toute leur identité culturelle.

Puerto Eden

* sources: Alacaluf, Alain Carron

Journal de bord suite:

6 janvier, 7h

Nous quittons la Caleta Idéal après la visite de Steve. Il nous annonce avec un grand sourire, j’ai une bonne nouvelle, René est dans le secteur et nous devrions le retrouver ce soir ! Ah quelle joie de savoir l’ami René tout proche.

Paysage tout en noir et blanc et en ombres chinoises. On s’embarque dans le fameux canal Messier orienté nord-sud. Les grains luttent avec le soleil qui, cette fois-ci, fait reculer la pluie quand on croit la prendre… nous croisons une famille d’orques, d’un noir luisant, qui se déplacent avec nonchalance, quelques phoques quand ils ont la tête hors de l’eau. L’eau devient laiteuse car un glacier proche déverse ses eaux riches de minéraux.

Une équipe de phoques nous font la fête à l’entrée de la Caleta Yvonne. Effectivement, René est là, quelle chance ! Nous nous amarrons de chaque côté de son petit bateau OVNI et une fois tout sécurisé, nous nous embrassons et sommes heureux. Quelle joie sur le visage de Steve d’avoir retrouvé son copain !!

Nous dînons tous ensemble sur Babel d’une bonne soupe de courge et du guacamole d’Anaïs, je sors mes cerises au sirop pour fêter les retrouvailles.

7 janvier cf chapitre caleta yvonne

8-9 janvier cf chapitre Puerto Eden

10 janvier

Quittons Puerto Eden sous son ciel habituel, gris, menaçant, pluie en chemin.

Nous laissons les amis profiter du village. René me chuchote qu’il faut 4 jours pour rencontrer les gens…

25 nœuds de vent nous poussent dans le canal Wilde, nous nous envolons, nous naviguons à une vitesse de 7 nœuds en moyenne… on barre sous la pluie et en ciré, Anaïs en fait une bonne part.

Nous rallongeons l’étape et allons jusqu’à la caleta Luna. Il n’arrête pas de pleuvoir et Antoine va poser 4 lignes pour tenir le bateau, car l’ancre ne tient pas.

Antoine va sous la pluie accrocher des lignes. Aux arbres du bord.

Faire sécher les vêtements mouillés dans la salle de bain, grâce au chauffage à air pulsé, poser les cirés dans la soute ainsi que les bottes… dîner à 21h30.

Nous venions de faire 12h de navigation et 75Mn