15 janvier 2019

6h15, les amarres sont lâchées, nous quittons la Caleta Jaime, nos voisins pêcheurs sont partis au lever du jour. Nous remontons le canal Sta-Maria qui se termine par une angostura  avant de se jeter dans le grand golfe de Puerto Natales. Dans ces cas là, un fort courant sort ou rentre selon les marées. Nous questionnons d’autres bateaux à la radio, c’est ok. 

En effet nous passons sans problème. Cette mer intérieure est un peu ventée, nous en profitons pour mettre la voile quelques heures. Côté Cordillère le paysage est coupé en deux par les nuages qui emprisonnent les sommets, de l’autre le ciel est dégagé et le paysage plus sec. Nous passons devant Puerto Natales où le mouillage des voiliers n’est pas organisé et remontons un canal qui nous mène devant l’Estancia Heberhardt.

Le ciel est unique, plusieurs “courants d’air”  se  mêlent très haut dans le ciel.

L’Estancia Eberhardt

 

Quel spectacle! Nous sommes passés des canaux très architecturés et humides à la pampa, paysage très ouvert, vaste étendue d’herbes jaunes ou rousses, le sec et le soleil. Il fera bientôt 20° dans le bateau!!! Quel changement! Il nous fait du bien, nous réchauffe. Cette  bouffée de vent sec aère Babel…

Le bateau est ancré dans le canal à très peu de profondeur, des centaines de cygnes au col noir barbotent dans les anses abritées. Quand par bonheur il s’envolent, ils tendent leur grand cou noir à l’horizontale, c’est magnifique. 

Le jeune allemand  Hermann Heberhardt  est venu installer ici une concession d’élevage de moutons, en 1893. C’est la plus ancienne estancia de la région. Tout près passe le canal Ultima Esperanza, nom qu’a donné  Heberhardt au site, car après avoir tenté dans le sud de l’Argentine puis aux  Malouines, il se donne ici une dernière chance pour s’installer! 

Au début du XXeme la viande et la laine de moutons  du Chili et de l’Argentine étaient très prisée en Europe, des cargos partaient de Puerto Natales chargés de viande. Du coup, Heberhardt se spécialisa dans le frigorifique. La concurrence argentine l’emportera, car  mieux placée pour l’exportation sur la côte Atlantique.

Ses descendants vivent toujours à l’Estancia, nous  avons rencontré Mr Hermann Heberhardt. La cinquantaine, grand, solide, type bien allemand, marié 3 fois avec des présentatrices de télévision…

Hermann Eberhardt

L’estantia depuis le seno Eberhardt

Le paysage est rythmé par les barrières en bois servant aux troupeaux aujourd’hui de vaches. Deux  gauchos travaillent à l’estancia, ils sont engagés s’ils ont leur cheval et leurs chiens, ils portent le béret basque. Nous avons assisté au marquage des veaux par le propriétaire, qui nécessite toute une technique. L’énorme taureau noir, dominait la situation.

Estancia Eberhardt

Le marquage des veaux

 

Dans cette propriété immense, nombreux chevaux et poulains galopent avec élégance en toute liberté.

Aujourd’hui, Heberhardt a opté pour l’agro-tourisme, il reçoit des groupes pour faire du cheval ou des randos à pied.

Nous avons fait une grande balade dans ces landes battues par les vents. De loin, nous avons vu la fameuse grotte où Heberhardt a trouvé un lambeau de fourrure et des os ayant appartenu à un animal préhistorique que l’on a identifié comme étant le Milodon, sorte de petit dinosaure. 

Mercredi 16 et 17  janvier

Un taxi nous emmène tous les 4 à Puerto Natales, jolie petite ville accueillante. Approvisionnement, courses variées et déjeuner à la chilienne d’excellente viande grillée à l’assado. Au  Centre artisanal, les femmes tricoteuses tiennent boutique. De la laine de mouton qu’elles teignent, elles tissent des ponchos,  fabriquent des bonnets, écharpes….quelques bijoutiers travaillent le lapis-lazuli, la pierre du Chili, paraît-il. 

Notre taxi nous rend toutes sortes de services, les personnes rencontrées sont très sympathiques. La ville est entièrement tournée pendant l’été vers le tourisme. Beaucoup d’étrangers du monde entier viennent, soit à pied pour les jeunes backpakers, d’autres en bus organisés, ils vont au parc national du Payne, voir les fameuses Torres ou autres spectacles de la nature.

18 janvier

Retour de Antoine et Anaïs sur la France, nous les accompagnons au bus et marchons encore un peu dans cette petite ville sans immeubles. Le temps devient sauvage et noir.

Le canal de la Ultima Esperansa

La grotte où Heberhardt a trouvé un lambeau de peau et des os ayant appartenu à un animal préhistorique : le Milodon

 

Dans le jardin de la maison familiale, une plaque commémore le fondateur de l’estancia.

Dimanche 20 janvier

Nous partons au lever du jour.

Le massif du Paine au lever du soleil