Lundi 12 Aout: le départ

Un au revoir ému à René et Herman qui dénouent nos amarres, Adieu le ponton Micalvi, et Puerto Williams encore décoré de ses lumières nocturnes.

Le jour se lève et le cap est mis sur l’ouest : remonter le canal du Beagle. Nous avons le vent de face comme prévu et une mer remuante. Le vent se calmera vers 10h quand le soleil sera bien installé,  nous hissons la grand voile en prenant un ris. Cette grande avenue maritime bordée de sommets blancs est d’une grande beauté. Nous approchons d’Ushuya sur la rive argentine, dominée par une Cordillère très accidentée que nous avions admirée depuis l’avionnette.  A babord une belle chaîne domine le canal Muray qui borde l’île Navarino.

Ushuaia et sa Cordillère

Vers midi le vent monte, nous diminuons la voilure (prenons 3 ris), les fortes vagues nous donnent du fil à retordre pour remonter au vent. Le choix est porté sur la Caleta Eugenia, la plus proche, pour se mettre au calme cette la nuit.

Quel bel endroit abrité derrière un petit îlot et quelques cailloux ! Vue sur toute la chaîne de montagnes. La neige ajoute du charme à ces paysages bleutés rehaussés d’encre de chine. Denis va poser 3 lignes aux arbres, ce qui représente  une heure de travail!

Puis réconfort dans Babel autour d’un bouillon bien chaud. Durand la journée, on coupe le chauffage car nous sommes à l’extérieur, rentrons et sortons fréquemment, nous le mettons en route  une fois mouillés dans la caleta. Une bonne soupe et des pâtes aux épinards nous régaleront ce soir. Un œil sur la météo et le courrier à faire à René qui va nous suivre et nous envoyer la météo éditée par l’armée chilienne, chaque jour.

Mardi 13 août: le canal Sud      (mon texte a disparu...)

Devant l’embouchure des deux bras du Canal Beagle, nous prenons le sud à gauche.

 

Mercredi 14 août : en noir et blanc 

Bras sud du Beagle, de la Caleta Maria Helena à la Caleta 5 étoiles.

Il neigeote, temps couvert pour rejoindre le canal Beagle sud, passons devant l’estéro Coloane sans pouvoir rendre hommage à ce grand écrivain chilien dont les récits fascinants ont lieu en Terre de Feu et Patagonie au début du siècle.

La neige accentue le relief, des faces immenses presque lisses, d’autres construites de blocs comme un jeu de cubes mal équilibrés, un renfoncement fait apparaître comme un visage de pierre allongé et emmitouflé d’une écharpe à deux pans, l’ambiance est triste, sévère, parfois lugubre. Les sauts des nombreuses otaries et quelques oiseaux donnent vie à ce désert en noir et blanc, on attend la pluie ou la neige d’une minute à l’autre. 

Puis le nuage de neige fine nous a enveloppés, nous nous sommes sentis à l’intérieur d’un lieu ouaté, le manque de perspective ajoutait une note d’intimité à ce paysage se laissant un peu découvrir à l’occasion d’une légère échancrure, une anse glacée… mais pas d’échappée sur le ciel ou l’horizon, la confrontation avec le minéral est forte, l’atmosphère reste austère, mais moins dure, devient quasi féérique, grâce au saupoudrage de la neige. Paysage-épure ou gravure à l’eau forte (une pensée pour Gene…) dans cette  lumière étrange, nous avons remonté le canal étroit Merino sans une ride sur l’eau. Cette ambiance m’a captivée.

 

Caleta 5 étoiles
Le miroir

En rejoignant le Beagle nord, nous fermons le tour de l’île Gordon. 

La Caleta 5* se cache dans un bras de la Baya Très Brazos, tout au fond d’un canal tortueux. Nous nous réjouissons d’un petit rayon de lumière douce qui permet à l’eau de refléter parfaitement les montagnes et la végétation autour. C’est magique ! Quand le miroir devient soudainement opaque, nous sommes dans la glace que Babel fend gentiment. 2cm de glace recouvrent une partie du lagon 5*, petit bijou de Caleta.

40 Miles nautiques, 7 heures de navigation humide et fraîche.

 

Jeudi 15 août: Le plus beau des glaciers, de la Caleta 5* à la Caleta Alakouch.

Un bon coup de vent pour traverser le Beagle nord et nous remontons plein nord dans un fiord au bout duquel dégringole le fameux glacier Piat. A ma demande le capitaine a bien voulu faire ce détour. Il nous ménagea une découverte à petite vitesse et dans le calme total. Le glacier a soigné sa mise en paysage, au centre du cirque, de petits îlots de végétation au premier plan puis nous faisons le tour de la moraine frontale et son petit bois découpé pour s’approcher du glacier Piat, majestueux. 

Devant le glacier Piat

Beauté irrésistible, nous ne pouvons détacher les yeux de ce spectacle que nous contemplons en silence. Les capucins, aiguilles de glace au centre du glacier plus mouvementé, et de chaque côté une belle couleur bleue irisé la glace.

« Gratitude, plénitude » dirait Herman. Quel cadeau !!

Puis nous retournons dans le Beagle jusqu’à la Caleta Alakush où nous étions passés en février. Une corde a été posée par les pêcheurs en travers de la baie sur laquelle nous nous amarrons. Temps bouché et gris. 

Sépulveda nourrit nos lectures. Chilien, il a le même âge que nous, a subi prison et torture à la chute de Pinochet, puis s’est exilé à Hambourg. Journaliste-écrivain, il est très préoccupé par les questions de l’Environnement. C’est pour enquêter sur un bateau japonais qui détourne toutes les lois pour mener des campagnes de pêche très destructrice, qu’il retourne après 25 ans d’exil, en Patagonie. Ce voyage épique le ramène à son identité de Chilien.  

 

Vendredi 16 août , Fin du Canal Beagle, puis lieux des anciens chasseurs de baleine. De la Caleta Alakush à la Caleta Atracadéro

Cap à l’Ouest, nous nous dirigeons toujours plus du côté Pacifique.

L’air pique et l’humidité d’une petite pluie fine glace un peu. Denis fera deux heures de quart, puis ce sera Jacques. 

Cette fois, nous quittons définitivement Beagle, pour embouquer le canal O’Brien. Primitivement appelé Canal Français par le capitaine du bateau français Romanche, Fitz Roy l’a rebaptisé en 1839 pour rendre hommage à O. Brien, capitaine de la frégate chilienne qui a attaqué le vaisseau espagnol Esmeralda en 1818. Pour une fois, Fitz Roi rend hommage à une personnalité chilienne !

Le paysage est coupé en deux par les nuages qui masquent tous les sommets.

Les montagne sont parfois d’une verticalité impressionnante. Un peu de végétation se réfugie dans les creux, conifères et feuillus persistants. Au-dessus, une couverture végétale rousse, et enfin le règne de la roche et des cascades.

A la sortie du canal O’Brien, la Cordillère blanchie de l’île Stewart nous fait face, et nous rentrons dans le Canal Baleineros. Les anciens chasseurs de baleine traquaient le long des îles Stewart et Londonmary puis descendaient au sud vers la Bahia Cook et l’île Darwin. 

La chasse a été interdite dans les années 1970. Sepulveda raconte les nombreux ossements qu’il a trouvé avec un des derniers pêcheurs de baleine en 1965. Le livre de Coloane illustre cette pêche dans son livre « le sillage de la baleine ».

Toujours cap à l’ouest, nous traversons la très longue Bahia Desolada. Le capitaine Cook la nomma ainsi en 1774, impressionné par l’apparence désolée de cet endroit, c’est toujours le cas aujourd’hui, d’autant que nous sommes rattrapés par une petite pluie fine. Des grains tombent sur la chaîne en face. Nous ferons deux rencontres ce jour, un bateau de pêcheurs avec des cirés oranges que nous saluons et Le Yagan, ferry parti de Punta Arenas, pour ravitailler Puerto Williams. 

 

La Caleta Atracadero nous accueille ce soir, il  est 17h45. 10 heures de navigation et 65 Miles parcourus. Il fait froid mais notre chauffage que nous mettons vite  en route ne tardera pas à tempérer l’intérieur du bateau.

 

Samedi 17 août : Cap sud-ouest sur canaux de Brecknock et Cockburn, aux mythiques tempêtes

A 7h, La Croix du sud brille encore, Orion lui répond, la lune est pleine.

Un changement inopiné de la bouteille de gaz retarde le départ, nous sommes sur le qui-vive car ces deux canaux son réputés très dangereux par mauvais temps, les montagnes basses de  Brecnock forment le dernier rempart avant le Pacifique et Cockburn est ouvert sur l’Océan, où le vent souffle fort.

Aujourd’hui tout est calme, c’est fabuleux, nous glissons sur une mer facile, comme dans un rêve! Puis nous remontons le Cockburn vent arrière avec le génois!!! Incroyable. En février, nous avions du attendre 3 jours pour mettre la poupe dehors.

Nous nous  rapprochons de l’extrémité ouest de la Cordillère Darwin, dominée par l’impressionnante aiguille du Mt Sarmiento. Quelle beauté!

 

Les nuages et la pluie nous avaient en janvier obstrué ces Cordillères immaculées, nous les découvrons aujourd’hui dans une lumière si pure et sur un ciel absolument bleu, nous savourons ces moments d’exception.

La Caleta de ce soir, Cluedo, nous rappelle l’anniversaire de Jacques et la réunion de nos amis, René et Steve…ce soir grand calme, seules deux oies du kelp toutes blanches picorent sur la rive et des canards vapeur sillonnent le lac tranquille.

Jacques vide ses bidons de gaz-oil dans son réservoir, gros boulot! Denis est au fourneau pour faire sauter des petites pommes de terre et confectionner un cake aux raisins…

 

Dimanche 18 août, les 3 ans de Costa

Route vers Magellan par le canal Acwalisnan

8h30, nous quittons la Cta Cluedo. La température est basse, peut être -10, les amarres ont gelé.

Il fait grand beau. Un fort courant portant dû à la marée montante augmente notre progression. Grand calme, eau-miroir,  vers midi, quelques pêcheurs au travail ou se reposant sous les arbres près de la rive, au soleil, leur bateau posé au bord, incroyable!. Croisons un remorqueur qui nous salue.

Hisser les voiles sur le Magellan! Un bonheur.

Nous nous rapprochons de la rive sud, pour observer une végétation très verte, conifères aux sommets plats mêlés aux  hêtres persistant élancés. Je suis surprise par une otarie croquant un poisson en levant la tête hors de l’eau, des rugissements de lion de mer se font entendre.

Nous ne nous lassons pas d’admirer ces îlots recouverts d’arbres en contre-jour et les sommets blancs en arrière plan.

Grand moment que cette arrivée sur Magellan!!! Une mer plutôt qu’un canal, immense d’un bleu intense calme et lisse! 

Magistral! Denis est heureux de hisser la Grand voile et de tirer le génois pour un magnifique bord au portant dans ce cadre inouï.

Nous remontons Magellan jusqu’à l’Isla Carlos 3 et nous mouillons dans la Caleta Tilly.

Il est 18h15, ça caille, 10h à l’extérieur dans le froid pour Denis et Jacques, et 57 miles nautiques réalisés, mais quelle beauté!. Nous profitons de l’anticyclone et du beau temps qu’il procure pour avaler de longues étapes.

 

Carte du périple Puerto Williams-Puerto Natales