•  Lundi 2 septembre, une pensée pour les enfants qui rentrent à l’école. 

Journée sans vent, mer lisse, miroir, soleil, si bien que nous enfilons les canaux Pitt, Andres, Très Cerros, traversons le grand carrefour de Conception qui ayant une entrée sur le Pacifique aurait pu être mouvementé et enfin le canal Wide, bien large comme son nom l’indique, ce qui fera un Trip de 63 Miles, beau record.

Un événement exceptionnel nous a tenu en haleine: un gros phoque mâle à remonté à la surface de l’eau un beau poisson rose -un Congrio- qu’il dévorait en le jetant d’un côté de l’autre pour en arracher la chair, devant lui un tranquille albatros ramassait les miettes.

Par ailleurs une bande  blanche très longue nous intrigue au loin le long du canal Wide, des bateaux immobiles et blancs? Une immense Salmoneras? Une protection de mousse pour arrêter la fuite de gazole d’un bateau plus en amont? Rien de tout cela!! ce sont des glaçons beaucoup de glaçons, poussés par un courant latéral le long de la rive Est du canal. Des petits, des gros, ils viennent probablement du glacier Icy logé tout au fond de la Caleta du même nom.

Nous nous posons pour la nuit dans la Caleta Nassibal, il est déjà 19h. Les jours grandissent, heureusement.

Nous avons ancré dans une jolie anse, mais il faut sécuriser le mouillage en posant une ligne.

 

Denis prend la petite annexe, sa rame, une amarre pour la nouer autour d’un arbre, et y faire circuler celle qu’il a à la ceinture et qui sera fixée au bateau à la bonne tension entre l’arbre et nous.

Mais les dalles de pierre du bord sont verticales et assez hautes pour ne pas atteindre le tronc d’un arbuste facilement, pas de prise, alors Denis se redresse dans l’annexe très peu stable et d’un coup bascule, l’annexe se retourne, et il tombe à l’eau.

Il faut faire vite, l’eau est glacée.. les bottes de Denis se remplissent et le tirent au fond, Jacques le hisse et le voilà bientôt sur la jupe du bateau, trempé, gelé, ayant eu le soin de ramener le canot, la rame et l’amarre. Grosse peur, car il se sentait partir au fond. Il se déshabille sur le pont et file sous la douche chaude. Boit un bouillon bouillant et se remet quelque peu de ses émotions.

Ouf! Quelle affaire!  Nous décidons que nous irons demain matin, rincer à l’eau douce d’un petit ruisseau, tous les vêtements imbibés d’eau de mer, puis de les laisser s’égoutter sur la bôme avant de les installer au-dessus de la bouche d’air chaud.

Bon dîner, bon vin!

 

  •  Mardi 3 août 

Ciel clair, mais la température est fraîche et nous attendons un bon moment le soleil.

Le canal Wide se sépare en deux canaux étroits, si bien que l’un est réservé aux bateaux qui descendent, l’autre pour ceux qui remontent, le Paso du Piloto Pardo. Capitaine de l’armada sur l’escorteur Yelcho,  Pardo est parti sauver en 1916 les membres de l’expédition de Ernest Schackelton, sur l’île Éléphant au sud des shetlands. La proue du bateau Yelcho est érigée en monument à Puerto Williams en souvenir de ce sauvetage héroïque.

Faces verticales sombres et pourtant couvertes de végétation, au second plan, les sommets enneigés. Les nuages nous enlèvent parfois le soleil.

Puis le canal Escape et enfin  El Paso del Indio.

Nous reprenons un bon vent du sud qui remplit le génois, en arrivant dans la grande baie de Puerto Éden. 

 

PUERTO EDEN 

L’objectif étant de faire le plein d’eau, de gazole, et d’acheter de la centollia. Je me charge de la dernière mission. Je passe devant l’école-college avec ses 15 élèves, mais Cécilia, la bibliothécaire n’est pas là. Je croise une jeune femme à qui je demande où je peux acheter de la centollia, elle me conduit à la dernière maison du village, chez Helena qui me reçoit avec un grand sourire, son visage trahit ses origines Alakaluf. Elle me montre ses travaux de tressage avec les petits joncs, qu’elle nomme ñapo ou Junquillo. Nous parlons des moules empoisonnées par les usines à saumons et me dit que de nouveau il est possible d’en manger. Elle me montre de l’autre côté de la baie une maison bleue habitée par un pêcheur qui pourrait nous en vendre.

Je vais de ce pas  frapper à la maison bleue.  Point de pêcheur, mais un visage européen, à qui je demande où trouver des moules!!!

Greg  néo-zélandais et Keri canadienne britannique m’invitent à rentrer et boire un thé. Keri parle toutes les langues, si bien que je commence une phrase en espagnol, puis en anglais et nous terminons en français…scientifiques, ils travaillent sur leur bateau et organisent des expéditions pour l’étude des baleines, mais aussi de minuscules bêtes marines qui racontent l’histoire des climats… ils ont acheté cette petite maison bleue pour se poser entre 2 expéditions, laver, nettoyer, faire un jardin. Le poêle diffuse une bonne chaleur au centre de la maison en planches couvertes de tôles. Différents  instruments de musique m’intriguent, ils jouent de la musique celtique…ils sont passionnants et tellement sympas, je serai bien restées des heures à discuter.  Arrivés la veille, ils repartaient le lendemain sur Puerto Williams, puis les Shetlands et la Géorgie du sud, des îles du bout du monde sur lesquelles la faune est encore préservée. Keri nous précise que la marée rouge est partout, les poissons ont tous des parasites dans le ventre, et les moules pêchées ici sont envoyées à Puerto Natales pour les examiner  avant de les mettre sur le marché.

www.patagoniaprojects.org

Jacques et Denis, attendent Don Carlito avec son bateau pour la livraison du gaz-oil. Son bateau est rustique, les garçons sont émus par le peu d’équipement qu’il a et surtout par le système du compresseur  relié à un tuyau de plastique  qui lui permet de plonger avec une vieille combinaison. Coloane décrit cette méthode dans les années 1960, le compresseur était alors un piston-soufflet que le marin actionnait sans arrêt pour que le plongeur ait de l’air pendant la plongée. 

Carlito était venu avec son fils qui à 11ans porte déjà des bidons de 25 litres.

Carlito et son fils

Journée bien active que nous achevons par une poellée de centollas décongelée.

On se souvient de notre passage en janvier, des spaghettis aux anchois de René, de ses merveilleuses salades de fruits, et de notre balade en haut du village avec Anaïs…