Le canal Messier, tout beau

– Mercredi 4 septembre

Les Cordillères roses entourent Puerto Eden encore dans l’ombre.

Nous filons vers le nord,  et parvenons rapidement à L’angostura inglese,  passage tortueux encombré d’îlots, mais bien balisé. Un très fort courant y circule, nous avons la chance de l’avoir dans le bon sens, nous filons à 7-8 noeuds. Le soleil est radieux, la visibilité parfaite donc, aucun souci pour traverser cette passe.  Deux oratoires sur les îlots nous rappellent que d’autres ont trouvé la mort dans les récifs, un pèlerinage de pêcheurs a lieu chaque année à cet endroit. Plus loin une belle épave d’un bateau planté sur un rocher. 

Fitz Roy a encore ´frappé’  en donnant en 1830 ce nom « Inglese » à ce passage.

épave restée bloquée sur un récif

Puis, entrée  magistrale dans le grand canal Messier qui file droit au nord sur 100miles nautiques avant d’atteindre le golfe de Peñas.

Zoom sur un sommet qui s’est drapé dans son écharpe blanche.

Nous profitons du soleil, assis sur le pont, quel bien!  L’eau se colore de bleu-vert, un glacier doit déverser son eau depuis une cordillére invisible.

La végétation a recouvert les rives verticale de La Caleta Point Lay.

Nous posons deux lignes et je mets en route le chauffage, car une fois le soleil disparu, le froid est vif. Il gèlera cette nuit.

 

– Jeudi 5 septembre

Prudence pour sortir de la Caleta, car un caillou à peine immergé se voit mal dans les ridules de l’eau. On  embouche le canal Messier toujours. Je prépare une soupe pour ce soir et la nuit car nous allons partir sans doute en fin de journée pour engager la traversée de Peñas sur 26heures. Le golfe de Peñas représente un des derniers obstacles dans cette remontée des canaux patagoniens, c’est pourquoi nous profitons du beau temps pour filer.

 

Sieste dans la Caleta Austral baignée de soleil au nord du canal Messier. De grandes tiges de kelp s’étirent à l’entrée le la Caleta Austral.

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Le golfe de Peñas

– jeudi 17h, nous sommes prêts à partir, la météo est excellente. A la VHF, Jacques se signale à l’Armada puis  met en route le moteur, mais les instruments ( pilote auto, sondeur, l’anémomètre, AIS) ne répondent pas!! 3 secondes de stupeur!! Denis et Jacques refont les mêmes manip que dans le sud où nous avions eu les mêmes ennuis, mais rien y fait. Nous décidons de partir quand même et de tenir la barre… étant données les très bonnes conditions de temps qui vont durer plusieurs jours.

Je fais le premier quart et les garçons me font grâce des autres, je me lèverai juste pour leur faire du thé ou autre eau chaude.

Le temps est superbe et l’air est pur, le coucher du soleil spectaculaire, comme en Grèce !! avec un horizon décuplé… quel cadeau pour partir vers ce Golfe qui cette fois-ci ne méritera pas son nom de Las Peñas, ou de Vomito… 

Le vent est juste suffisant pour hisser la Grand voile et le génois. Nous marchons à bonne vitesse, l’océan est calme et le peu de vent vient du sud.

La soupe est servie vers 21h. La lune monte et cache de son rayonnement blanc l’éclat des étoiles… Passons le phare du cap Rapper, puis commençons la longue remontée de la presqu’île Tai Tao. Vers 6h, heureuse nouvelle!!  jacques tente de rallumer les instruments et ça marche!! Pourquoi, comment?? C’est formidable de ne plus être obligé de tenir la barre!! 

La voile a scucité beaucoup de manœuvres étant donné le peu de vent que nous avons. Pâtes au pestou et parmesan pour midi.

Sur l’océan, des albatros plongent et planent dans le vent, à grande vitesse en une vaste danse.

Nous sommes heureux d’avoir pu traverser ce passage réputé scabreux, dans des bonnes conditions. Le café traditionnel à 9h30 est bienvenu.

La fatigue gagne, nous décidons d’aller à la Caleta Pico Paito.  Le chenal qui nous y conduit est interminable… la végétation qui couvre les talus est couchée par le vent et s’organise en coiffures amusantes. Même la Roche se couche sous le vent!

Tout au fond dans le calme absolu, nous lâchons l’ancre. Présence de 4 jolis canards plongeurs blancs avec une petite houpe noire sur la tête.  Bonne salade de Denis, centollas poêlées et soupe. Et un bon vin pour trinquer au 6 septembre 1975!!!!

Quelle bonne nuit! 

– samedi 7 septembre 

L’eau-miroir du chenal reflète les montagnes et le sillage du bateau dans une lumière encore sombre.

Puis l’horizon rosit, bleuit, entre deux montagnes noires d’encre.  Beauté encore!

Baya Anna Pink

Remonter la grande baie Anna Pink, contempler la respiration de l’océan, dans sa houle souple et vaste, tout baigne dans une lumière bleu-clair, les rochers se détachent en ombres chinoises. Sur un petit îlot, 3 belles otaries se prélassent, nous avons pu nous en approcher et supposer qu’il s’agissait d’une mère et de deux jeunes. Plus loin un vautour à tête rouge nous survole.

Nous enfilons le petit canal William, où nous découvrons dans ses replis de végétation plusieurs fermes à saumons, hélas !

Enfin  le canal Darwin contournant une multitude d’îlots, nous conduit à notre caleta dans les îles Smith. Il  fait nuit. Grosse journée, 10 heures de navigation, 70 Miles parcourus.

– dimanche 8 septembre

Petite pluie fine, temps couvert, des écharpes de nuages entourent les montagnes.

Cap sur le port de pêche Aguirre, le seul port de la région, nous visons une caleta toute proche du port  avec l’idée d’aller à l’auberge ce soir et de sentir l’atmosphère du village, mais il pleut à verse, et nous restons dans le bateau à éponger la condensation autour des fenêtres…. toute la nuit la pluie se déverse sur le pont. Longs échanges autour de l’itinéraire de demain en fonction du vent…s’il vient du nord, nous l’avons en face et nous nous détournerons alors dans des petits canaux plus protégés, et du coup, vers quelle caleta se diriger?… on verra demain.

– lundi 9 septembre. Le canal Moraleda , la dernière avenue..

Départ sous les nuages bas et gris, nous déambulons à travers de nombreux îlots.  Finalement le vent nous fait le cadeau de venir de l’ouest,  c’est donc parfait pour remonter le très large canal Moraleda parfaitement orienté sud-nord. Le génois est heureux dans ce vent de travers.

Nous montons jusqu’à l’île Mulchey et mouillons devant en s’amarrant à une bouée. Herman nous avait parlé du gars qui est venu s’installer sur cette ile. Il y a construit sa maison que nous apercevons avec un très beau jardin. Malheureusement nous ne pouvons accoster il y a beaucoup de vent et ce n’est pas au programme.

L’ile Mulchey est l’une des ultimes petites îles de cet archipel Los Chonos avant de traverser sur Chiloé.