Quemchi

Pour rejoindre les amis français de René,  près de Quemchi, nous ancrons devant le village. Pas de port, ni ponton, juste une petite jetée  où nous amarrons l’annexe au milieu des barques locales.

L’église de Quemchi, les écailles de bois sont peintes en vert, l’intérieur très dépouillé, témoigne de la pauvreté environnante.

Une rue le long de la mer et derrière, les collines qui tombent abruptes. Une petite église de bois au centre. Dans ce village, patrie de l’auteur Francisco Coloane, nous approchons davantage la mythologie particulière de l’île, qu’il évoque si bien dans ses romans.

La maison que Coloane aurait habitée à Quemchi

La végétation souvent débordante, les sentes des loutres et autres petits mammifères, le bruit des oiseaux, la pluie et les brumes ont souvent donné forme à des personnages cauchemardesques, les tempêtes et les drames de la mer, les barques qui ne reviennent pas mais dont on retrouve le corps des pêcheurs sur la plage, les dauphins qui viennent s’échouer….ces événements et ces peurs  ont trouvé forme et histoire dans l’imagination du peuple chilote depuis des siècles.

C’est ainsi que les enfants et adolescent ont peur du Trauco, petit nain difforme, que l’on rencontre dans les chemins. La Pincoya est une très belle femme-sirène. Les nuits de pleine lune elle se coiffe avec un peigne d’or et danse au bord de l’eau, si le pêcheur voit son visage du côté de la mer, la pêche sera bonne, si elle se tourne du côté de la terre, il n’y aura pas de poisson. Il y a aussi le cheval de mer, le messager des sorciers qui enjambe rios et lagunes. Le mythe le plus ancré est celui du Caleuche.

La sirène peinte sur la façade d’un restaurant

“Le Caleuche est un bateau fantôme maudit aux ponts brillants comme des écailles dont l’équipage de possédés, difformes comme leur âme avait un pied qui leur sortait du dos et la tête tournée vers leur ténébreux passé”. Le Caleuche envoie d’envoûtantes plaintes d’accordéon sur les vagues, récupère les corps des marins noyés. Il navigue nimbé de brume, toujours la nuit. Mais si l’on porte le regard sur le Caleuche , il vous tord le bras, la tête et autres membres.

 

De Quemchi nous allons jusqu’à Huite, petite anse derrière une lagune fleurie d’ajoncs, pour rencontrer Nathalie dont on voit la maison bleue à flanc de colline. Rendez-vous est pris pour le lendemain matin.

Belle nuit tranquille dans ce petit estuaire. Au moment de rejoindre Nathalie qui nous attend au ponton avec sa voiture, Jacques s’aperçoit que l’annexe a disparu!!! On croit la voir échouée tout au fond de l’estuaire, vite, on gonfle le youyou noir pour aller à terre. Verdict: le moteur a été enlevé et un des flotteurs a été transpercé d’un coup de couteau.

Aidés par un pêcheur l’annexe est chargée dans le pick-up de Nathalie. Bien dépités, nous la rejoignons chez elle. Un bon café et en route pour une déclaration de vol dans les bureaux de l’Armada à Quemchi.

Dès notre retour Denis démarre la réparation de l’annexe.

Sébastien et Nathalie ont toujours navigué. A 23 ans elle traverse l’Atlantique sur un petit bateau de 6m50, un Mousquetaire. Après quelques années en Guyane puis aux Saintes, dans les Antilles, ils ont finalement décidé de s’installer à Huite au nord de Chiloé.  Nathalie exerce la médecine chinoise et Sébastien spécialiste de l’installation de canons à neige travaille 5 mois par an pour les stations de ski en Asie et en Europe.

Dans la maison, le poêle ronronne, il fait bon. Tout est en bois.

 

Nathalie et Denis

Au fond les volcans de la Cordillère couverts de neige.

Zoom sur la petite lagune, réserve d’oiseaux.

 

Avant de partir nous rendrons un dernier hommage à Coloane en allant voir l’estero Oscuro, où il a vécu son enfance avec sa mère …

Le lendemain matin, saluons de loin Nathalie  et filons encore vers le Nord pour Rejoindre le détroit qui sépare Chiloé du continent Chilien: le canal Chacao.

Le dernier mouillage sur Chiloé sera La Caleta  Hueihue. Le temps est comme suspendu dans cette lumière dorée, rien ne bouge, tout est calme et silencieux.

Caleta Hueihue
Lundi 23 septembre

– 24 septembre: traversée du Chacao

8h, Nous nous engageons dans le Chacao. Les marées sont ici d’environ 7 m.  A marée descendante la mer intérieure se vide dans l’océan et à marée montante l’océan remplit la mer, il faut choisir le moment où elle est pleine pour s’engager et ensuite profiter du courant de la marée descendant vers le Pacifique. En effet le courant nous pousse fort. À l’horizon, l’océan Pacifique est recouvert d’un banc de brouillard qui se dissipe peu à peu, nous laissant découvrir de nombreux  bateaux de pêche tous au même endroit. Nous sommes il est vrai sur un plateau avec peu de profondeur ( 9m~). Ramassent-ils des coquillages?

Nous saluons Chiloé que nous remercions pour son atmosphère si paisible et surprenante à la fois. Reste le souhait de la traverser un jour à pied, à cheval, ou en voiture..

 

L’océan Pacifique

L’Océan est lumineux, mais il y fait froid. La houle est courte et se mêle aux grosses vagues, roulis et grosse mer croisée, inconfort assuré…Il fait nuit quand nous mettons l’ancre dans la Bahia San Pedro, peu protégée mais suffisamment pour se reposer et repartir le lendemain poursuivre la remontée vers le nord. Soupe de lentilles avec viande fumée et fraises au sirop. Nous attendons le message quotidien de René et au lit fatigués après une navigation de 84 Mn.

  25 septembre

Belle  lumière rose sur l’océan, l’écume des vagues éclate en milliers de  goutelletes de cristal, la houle demeure puissante mais moins chaotique que la veille, les creux sont importants mais larges,  les garçons ont leur gilet de sauvetage. Je ne me hasarde pas à prendre de photos … le vent change souvent mais nous parvenons à stabiliser le génois.

Quel plaisir de profiter d’un bon vent arrière et de naviguer sans moteur depuis 3 jours!

C’est notre dernière journée en mer, nous remplissons nos poumons, nos yeux et apprécions chaque minute en silence… l’Océan est majestueux.

En fin d’apres-midi nous approchons du cap derrière lequel se jette le Rio de Valdivia.  Arrêt à la nuit pour un dernier mouillage contre l’île Mansera, proche de l’estuaire. Le petit village rougeoie dans la lumière du soir, les pélicans s’envolent, les cormorans et les mouettes piaillent. Puis le calme, intense.

 

  26 septembre: le retour

Encore quelques heures de navigation attentive pour suivre les alignements des balises car le fleuve est à plusieurs reprises encombré de bancs de sable et d’épaves, puis nous parvenons  à l’Estancilla, près de Valdivia.

Babel au ponton de la marina de l’Estancilla, le 26  septembre 2019

Nous voilà amarrés au ponton que nous connaissons bien. Embrassons Marcello et son équipe que nous avions quitté il y a 10 mois. Nous sommes l’unique bateau habité en cette fin d’hiver austral, seuls un groupe de pélicans et les oiseaux troublent le grand calme.

Le voyage se termine, moment étrange entre deux émotions.Heureux d’arriver et d’avoir accompli ce long périple,  mais aussi  nostalgiques de laisser un rythme et une dynamique propre au voyage qui à partir de maintenant va se conjuguer au passé.

Nous retrouvons le plancher des vaches…La chaleur incroyable en  ce jour de notre arrivée nous permet de tout ouvrir et de faire des lessives.

Incursion à Valdivia pour un ravitaillement et un bon “pisco sour”, la boisson festive nationale, pour fêter notre arrivée.

 

 

 PÉRIPLE  MÉMORABLE …

HEUREUX TOUS LES TROIS

MERCI BABEL