Assise sur un fauteuil africain, elle nous attend à l’entrée de la blanchisserie. Avec un grand sourire elle se lève et nous salue, devinant que nous sommes sans nul doute les personnes à qui elle doit avoir affaire. En effet, Jacques a convenu avec la blanchisseuse qu’elle nous mettrait en contact avec une couturière en qui elle a tout confiance, dans le but de confectionner sur mesure des protège-matelas pour notre cabine.

Au cours de notre échange, nous félicitons la couturière pour sa maîtrise du français. Elle nous dit avoir vécu au Sénégal dans un milieu de coopérants avec qui il était nécessaire de parler français. Puis elle ajoute qu’elle va parfois visiter son fils à Troyes et sa fille à Limoges. Alors, très surpris, nous lui demandons si elle n’est pas par hasard la maman de Jean Claude. C’est le cas !

Jean-Claude est une des premières personnes que Jacques a rencontrées à Mindelo. Électronicien, électricien, il est venu faire des réparations sur Babel avec beaucoup d’intelligence. Il nous a raconté son histoire et nous savons qu’il a une sœur installée à Tunis, une autre à Limoges, et un frère vivant à Troyes. De parents cap-verdiens, tous sont nés au Sénégal, où ils ont passé leur jeunesse. Jean-Claude avait 25 ans quand son beau-frère l’a invité à le rejoindre à Tunis pour travailler dans son entreprise de reconditionnement de cartes électroniques. Jean-Claude en a dirigé la production qui comptait une soixantaine de personnes. Puis il a créé une fabrique de meubles qu’il exportait sur l’Europe.
Au moment de la révolution tunisienne, Jean-Claude n’a pas pu quitter la Tunisie car, s’il possédait bien un passeport cap-verdien, il n’avait pas la nationalité, l’ambassade au Sénégal ne l’ayant pas déclaré à sa naissance !
Ayant peur pour sa famille, il eut l’idée d’alerter la presse et les radios du Cap Vert. L’affaire eut un retentissement certain, si bien que les autorités, pour ne pas être accusées d’abandonner un de leurs ressortissants dans un pays en proie à des troubles sérieux, lui octroyèrent très vite les papiers qui lui manquaient depuis sa naissance.
Jean-Claude est fier de nous montrer sur Facebook l’article qui relate l’événement.

Revenu vivre ici avec sa femme et ses deux enfants, Jean-Claude s’est mis à son compte.
Il sait tout réparer, les ordinateurs, les télés, l’électronique des moteurs de l’usine de désalinisation de l’île, il démonte des pièces, les remonte, et quand il n’y pas de pièce de rechange, il les fabrique.
Jacques a apprécié ses compétences, sa débrouillardise, son sérieux, et l’a conseillé à plusieurs voiliers qui avaient des problèmes, si bien que Jean-Claude, qui appréhendait jusqu’alors de monter sur un bateau, va maintenant réparer les radars en haut des mâts !

Si l’histoire de cette famille nous a émus, elle nous a aussi enseigné les difficultés de la vie à Mindelo, et l’exil quasi obligatoire pour qui veut se former et monter sa propre entreprise.

Madame de Melo

Madame de Melo

Jean-Claude dans l'électronique de Babel...

Jean-Claude dans l’électronique de Babel…