A une encablure de Mindelo, l’île de San Antào est également volcanique. L’ activité des volcans remonte à des milliers d’années à l’inverse de Fogo dont la dernière irruption date d’une année. L’érosion importante  lui a conféré un relief  tourmenté et une variété de roches impressionnante.

La nécessité de communiquer entre les vallées profondes a conduit les habitants à construire dans les falaises de superbes chemins dallés et bordés de murs en pierre sèche. Nous y rencontrons les enfants se rendant à l’école, le paysan et sa pioche tirant une vache et son veau,  les femmes portant de lourdes charges sur la tête, les ânes bâtés…nous sommes heureux de les emprunter.

La partie sud de l’île recouverte de lave et de pouzzolane n’offre qu’un décor de désolation malgré la présence de petits accacias. En prenant de l’altitude,  longe de profonds canyons pour parvenir sur un plateau où coule l’eau. Les maïs et les pois « gombo » ont été ramassés et leurs feuilles sèches colorent les petites terrasses qui sculptent le paysage. Quel bonheur d’entendre couler l’eau aux pieds des manguiers en fleurs, des papayers, des goyaviers et bananiers et la haute canne à sucre. Le pougheire (proche de notre figuier) produit des noix huileuses qui sont utilisées pour la fabrication du savon, et les amandes sont ramassées sur des arbres énormes qui ressemblent à des caoutchoucs!

mercredi 3 février.

Le village de Curral de Vaccas

Le village de Curral de Vaccas

L'équipe des marcheurs

L’équipe des marcheurs

A Cural  des Vaccas nous sommes accueillis par Chiquina, et son mari Brink dans une belle maison transformée en auberge; la cuisine est familiale avec la soupe traditionnelle des 3 pois, la catchupa, ou les grillades de poulet et de maquereau ou cavala, et les salades de papaye dont l’odeur désagréable est rapidement éffacée par celle du grog offert par la maison.

Brink est occupé  à la fabrication du rhum à la « Trapitché » du village. Nous visitons cet atelier rustique en sa compagnie et celle d’un propriétaire de canne à sucre venu du Luxembourg  distiller son rhum.

 

Le principe artisanal est simple et efficace. La canne est écrasée pour en tirrer le jus transporté dans de grands tonneaux en chêne à l’ombre dans un local propre. Il doit y fermenter quelques jours puis il est transporté dans la grande cuve en cuivre qui chauffe dans la chaudière. Le feu est alimenté par les feuilles de canne, les vapeurs sont récupérées dans le couvercle puis s’échappent dans un long tuyau entouré d’un manchon où coule l’eau froide pour les refroidir. Au bout du tube coule un rhum blanc transparent. Son parfum et son goût nous ont séduits.

 

Les vapeurs de rhum concentrées dans le couvercle de la chaudière coulent dans le tuyau sous forme de rhum.

Les vapeurs de rhum concentrées dans le couvercle de la chaudière coulent dans le tuyau sous forme de rhum.

Nous montons à Bordeira de Norte par un de ces fameux sentiers. Nous admirons le travail phénoménal du tracé en épingles à cheveux dans la falaise et  la construction des murs de soutènement à la verticale dans le vide…Etonnant.

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Vertigineux chemin de Bordeira de Norte

Vertigineux chemin de Bordeira de Norte

 

jeudi 4 février

Le minibus nous emmène au sommet de Curral des Vaccas pour basculer sur la vallée d’Alto Mira qui descend jusqu’à la mer. Nous marchons pendant 5 heures au milieu d’un paysage de terrasses si étroites que seule une rangée de choux ou de canne peuvent pousser. Les hauts palmiers et papayers rythment de leur verticale les deux versants de la vallée que sépare une gorge très profonde.

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Alto Mira

Alto Mira

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Les hommes travaillent en équipe. Dans cette belle terre ils  arrachent les patates douces pour repiquer du manioc. Une tige plantée en terre puis arrosée suffit pour obtenir de beaux rhizomes. Ils organisent la circulation de l’eau pour l’irrigation à partir de bassins et de canaux en dur qui suivent les courbes de niveau.

Les femmes transportent, transforment, vendent. Elles fabriquent les fromages de chèvre, les confitures ou pâtes de goyave et papaye, font sécher des plantes médicinales. Il existe des associations de femmes qui s’organisent pour mettre en valeur leur production. Elles disposent de locaux pour stoker, étiqueter, mettre en sachets ou en boîtes et des petits kiosques pour vendre…

Nous avons frappé à la porte d’une de ces écoles peintes en jaune,  les  enfants y sont accueillis par demi- journée. Dans leur petits uniformes ils étaient tout calmes tandis que la maîtresse nous montrait les cartes des pays qu’elle avait dessinés…

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Au bout du chemin un goulet de rocher nous permet d’accéder près de la mer qui relâche bruyamment sur les cailloux ses gros rouleaux d’écume blanche.

 

Vendredi 5 février

Descendons à nouveau sur Porto Novo, où arrivent les ferrys, et empruntons la fameuse route pavée de Ribeira Grande. Le désert disparaît en prenant de l’altitude, laissant place à des bois de cyprès, pins, eucalyptus, frênes. Les montagnes reçoivent de l’humidité et parfois de la pluie. Passons près du cratère de Corda, aujourd’hui petite plaine cultivée. Nous marchons sur le chemin de Corda à Coculi. Nous ne nous lassons pas de ces paysages en terrasses où les paysans travaillent dur mais tranquillement. Certains nous croisent sur le chemin avec des sacs sur l’épaule d’au moins 30 kg!

A Pedrassin, l’hôtel est organisé en petites maisons de pierres sèches au toit de palmes et  cannes de manière traditionnelle. Toute la végétation de l’île a été plantée autour, et la source est si abondante qu’une piscine a été ouverte, l’eau y est changée deux fois par semaine et sert à l’irrigation.

 

samedi 6 février

Nous remontons la rivière de la Ribeira de Paul depuis Eito jusqu’au Pico Antonia. Des groupes d’hommes dépierrent la rivière pour se faire des petits champs et obtenir une récolte avant les pluies d’août. Nous retrouvons la même végétation en particulier les ignames qui ont les pieds dans l’eau. Beaucoup de détritus aussi, Le problème semble difficile!

De terrasses en terrasses le sentier nous conduit au pic Antonia. En haut du col se serrent sur la crête quelques maisons qui abritent 5 familles. Nous nous arrêtons à la première, accueillis par une femme svelte et souriante nous proposant du café de ses terres. En effet tout autour poussent dès caféiers. Halte sur la route dans une auberge tenue par une communauté allemande-capverdienne, où nous dégustons le fromage de chèvre sous toutes ses formes et de la purée de pois épicée.

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Arrêtons un « aluger » (camionette-louage)1, pour rentrer à l’hôtel. Les chauffeurs parlent souvent le français qu’ils ont appris au collège. Sympathiques ils se présentent toujours par leur prénom et en nous tendant la main. Ils ne sont pas propriétaires de leur véhicule qui souvent appartient à un cap-verdier émigré au Luxembourg ou en Hollande dont ils reçoivent un salaire  de 150 euros mensuel.

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 » Pics, crêtes et canyons

la terre, la mer,

c’est le Cap Vert,

montagnes dégringolent. »