Il nous reste 240 miles nautiques à parcourir pour nous rendre à la marina de Jacaré où Babel se reposera au terme de 20 jours de navigation. 2,5 jours devraient suffire.
Une fois encore nous arrivons de nuit vers notre destination. Devant nous, l’embouchure du fleuve Parana marquée par des bouées peu éclairées. Des feux clignotants aux couleurs fantaisistes et les éclats des phares de voiture, ajoutés aux scintillements des étoiles rendent le repérage compliqué. Tout l’équipage est sur le pont, on avance doucement, dérive à moitié relevée, entourés de bancs de sable dont la position varie au fil des saisons et de l’abondance des précipitations.
Par chance l’énorme silo qui marque l’entrée du port commercial de Cabadello se détache, bien éclairé, sur bâbord. La mer est maintenant plate, nous laissons derrière nous l’océan pour remonter le Parana sur 3 miles nautiques.
Il est 1h du matin, nos yeux sont fatigués. Une bonne nuit sans risque de déraper nous attend. Nous mouillons à peu de distance de l’île Restinga au milieu du fleuve par 1,5m de fond.

Au matin, nous sommes sur un autre continent: Le paysage de la mangrove le long du fleuve, les cocotiers, le chant des oiseaux, les odeurs nous le montrent bien. Le soleil est déjà chaud à 7 h du matin, en route pour une arrivée proche à « Marina village Jacaré ».

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Un des trois pontons jaunes de la marina de Jacare.

Un des deux pontons jaunes de la marina de Jacaré

Les 2 pontons jaunes sur bâbord en remontant le fleuve nous signalent la marina. Il est 9h30, nous patienterons jusqu’à 16 h au « quai d’accueil », car il nous faut attendre que la marée soit haute avant de rejoindre notre place . Malgré l’éloignement de la mer l’amplitude de la marée est importante : près de 1m50. Nous rencontrons Attilio grand colosse italien responsable des bateaux et de leur installation. C’est lui qui veillera sur Babel pendant notre absence.
Très vite nous faisons connaissance avec les premiers bateaux du ponton et allons boire un jus de fruit au bar de la marina protégée du soleil et des pluies tropicales par un immense auvent. La marina est tenue par deux français Nicolas et Francis. Elle jouit d’une excellente réputation ( sécurité, services, position géographique…) L’ambiance familiale et bienveillante qui y règne facilite les contacts. Les rencontres avec les voiliers qui nous entourent sont immédiates. Certains ont une longue expérience du voyage. Chacun a sa route, son regard sur le monde, les conseils prodigués sont toujours utiles, les adresses et tuyaux pour se simplifier la vie aussi, nous avons beaucoup appris…

Sous le grand toit qui sert de lieu de rendez-vous, la sono de la cuisine déverse de la musique brésilienne. Le jour férié du vendredi saint s’est terminé par une soirée de danse mémorable, où les autochtones ondulaient de tout leur corps libre de toute tension!!
Magique!

Le grand auvent de Jacare

Le grand auvent de Jacaré

Suivant les conseils de Michel et de Christian, Jacques s’est lancé dans un exercice qui va l’occuper un bon moment: déshabiller totalement le bateau pour éviter que les grosses chaleur de juillet et août ne cuisent les tissus et le matériel. Les voiles sont donc démontées, lavées, pliées, toutes les drisses, écoutes, lignes de vie et autres bouts soigneusement rincés grâce à l’abondance de l’eau du robinet du ponton.

 

Jacques et Marvin démonte la grand voile

Jacques et Marvin démontent la grand voile

Je m’occupe du nettoyage intérieur, du rangement, de faire l’inventaire du stock de nourriture, de quelques travaux de couture, et je dégouline aussi de chaleur.
Chaque matin Le soleil se lève à 5h, du coup nous nous levons aussi très tôt, mais la fraîcheur ne dure guère!
Le village de Jacaré se résume à l’unique rue qui relie le fleuve à la gare: 2 épiceries, quelques fruits et légumes et du pain entre les bouteilles de soda et un mini restaurant-self que nous avons apprécié plusieurs fois. Les maisons n’ont qu’une pièce couverte d’une tôle, aussi les femme et les petits enfants se mettent à l’ombre de l’église quand la chaleur se fait trop forte. Les hommes sont pêcheurs et s’activent à repriser leurs filets. Certains ont un petit atelier en plein air pour souder, réparer.

 

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Nous avons pris le train pour nous rendre à la ville la plus proche, Joa Pessoa capitale de l’état du Parana (600000 habitants) Le centre ancien grimpe sur une colline où sont groupées les églises aux façades décorées de guirlandes baroques. Les maisons sont colorées et chargées de frontons ou d’entablements variés. Une façade bleue arbore les symboles de la Franc- maçonnerie, il est vrai que le siècle des Lumières a parfois essaimé en Amérique Latine avec ce mouvement laïque prenant ainsi ses distances avec l’Eglise toute puissante. ( cf. « Le siècle de Lumière » de Carpentier)
Sur les places, des marchands ont posé leur charrette remplie de bananes, d’ananas, et surtout d’acerola, sorte de cerises acidulées, bien adoptées par la pharmacopée occidentale pour sa teneur en vitamine C. Dans la rue, la population très mélangée où se retrouvent tous les degrés de métissage, paraît plutôt modeste.

 

Joa Pessoa

Joa Pessoa

Joa Pessoa

Joa Pessoa

Eglise de Joa Pessoa

Eglise de Joa Pessoa


Après une semaine ou deux passées à la marina, les marins repartent:
Christian et sa compagne colombienne sont partis en direction de Curaçao, Michel et Denise ont mis les voiles pour rejoindre un chantier naval à Grenade où ils vont laisser leur bateau pour rentrer 6 mois dans leur maison d’Oléron.

Sur L'Embellie avec Denise et Michel

Sur L’Embellie avec Denise et Michel

Philippe, son épouse et leurs deux jeunes garçons nos proches voisins, vivent sur leur bateau et prennent leur temps. D’autres embarcations de jeunes font le tour de l’Atlantique pendant une année sabbatique.
Nous avons fermé Babel, puis salué chaleureusement Marvin qui a coopéré jusqu’au bout. Il prendra un bus pour Belem puis la Guyanne. De notre côté, retour vers la France en avion depuis Récife.
Fin du 2ème tronçon de notre périple. Rendez vous fin septembre 2016 pour la 3ème étape : Jacaré à Grenade ou Trinidad via la Guyane française où un arrêt est prévu à St Laurent du Maroni.

Babel désahabillé

Babel désahabillé

La marina de Jacare

La marina de Jacaré